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« Le Bon et le Truand - Atlas »
Sohail ;

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Le Bon et le Truand
Ft Atlas





Il connaissait les taudis comme sa poche. Il savait où aller quand il sentait les regards peser trop lourd sur lui, tout comme il savait où vivait quelle personne. L’endroit n’était pas aussi désordonné qu’il n’en avait l’air, quand on vivait parmi les habitants. Les soldats du roi n’avaient pas l’air de comprendre ce détail, et souvent il était assez facile de les avoir. Oh, parmi les gardes, il y en avait parfois quelques uns qui avaient autre fois vécus ici, mais ils se faisaient rares, et puisque des membres de leurs familles ou de leurs amis vivaient ici, il leur était finalement difficile d’agir contre eux. La rue était son terrain, et regarder les soldats se perdre dans les dédales des rues des taudis était quelque chose de fort plaisant pour lui. Les quelques soldats qu’il avait croisé et recroisé un nombre incalculable de fois finissaient par abandonné au bout d’un moment, et souvent cela lui faisait plaisir d’aller leur parler pour les provoquer, juste pour les voir courir à nouveau et perdre haleine pour rentrer bredouille.

La vie de voleur n’était pas très plaisante, mais il fallait parfois savoir y retrouver des petits plaisirs comme ceux-ci. Sohail sourit en apercevant quelques gardes en train de faire leur ronde, mais là n’était pas son objectif. En vérité, il voulait plutôt passer inaperçu devant eux, le temps de voler quelques passants ça et là. Mais en temps de guerre, il était de plus en plus fréquent de trouver un grand nombre de soldats un peu partout en ville, y compris les quartiers les plus bas, et en conséquence il était de plus en plus difficile de ne pas échapper à leurs regards. A croire que s’enrôler dans l’armée était devenu une mode une fois que l’on parlait de guerre et de sang, comme si cela serait aussi joli que dans les récits d’aventures. Enfin… Ils verraient bien ça une fois sur le terrain, n’est-ce pas ?

Finalement, il haussa les épaules. Même s’il y avait plus de soldats, ces derniers étaient assez inexpérimentés et jeunes, ce qui signifiait que ses chances de pouvoir leur échapper étaient assez élevées. Alors, avançant dans la foule de l’une des rues principales des taudis, il n’eut pas de mal à repérer quelques personnes dans la foule et à les détrousser de leurs bourses. Il comptera plus tard l’argent amassé, pour l’instant, seule l’envie de s’amuser comptait. Et dans sa tête, il comptait le nombre de personnes volées, comme s’il voulait battre son dernier record, ou du moins établir quelques premiers chiffres avant de s’amuser à les dépasser.





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-Allez Atlas ! Viens boire un verre ça fait pas de mal de temps en temps. Le commandant le saura jamais, allez juste un verre...

-Non merci, jamais pendant le service, et puis de toute façon j'aime pas ça.

Au sein de mon détachement, j'étais resté le seul debout, regardant la rue adossé à un mur, tandis que mes camarades étaient tous affalés sur des chaises miteuses, autour d'une carafe contenant de l'alcool tellement fort qu'elle pourrait assommer un bœuf d'une seule gorgée. Ça ne faisait à peine que quelques heures que nous faisions des rondes dans les taudis d'Hélios, et les autres réclamaient déjà une pause. A vue de nez et d'après la position du soleil (qui était encore haut dans le ciel), notre tour de garde était loin d'être terminé, et je n'avais aucune envie de me trimbaler toute une garde saoulée ne serait-ce qu'une seconde. Mais il était trop tard, nos joyeux lurons étaient déjà bien enclins à continuer les paris autour d'un jeu à boire plutôt que de veiller à la sécurité du peuple. J'aurais bien voulu être seul, pour une fois... Au lieu de rester à l'entrée d'un bar poisseux à attendre que le temps passe, mais les ordres du commandant étaient clairs : pas de soldat seul dans les quartiers pauvres. Ça partait d'une bonne intention à la base : étant donné la situation des habitants, et que nous sommes censé représenter les gros bonnets de l'armée, certaines personnes pourraient très bien vouloir passer leurs nerfs sur un garde innocent qui n'avait rien demandé à personne à cause de leur situation précaire. D'un côté je pouvais les comprendre, même si de mon point de vue cela ne servait strictement à rien.

-Et dire que dans moins d'un mois ceux là devront aller sur le champ de bataille...

-T'as dis quelque chose ?

-Oublie...

Je n'avais aucune envie de me battre contre l'un de mes camarades, en plus ceux là partaient au quart de tour, et puis viens s’ajouter à cela le fait qu'ils avaient très largement abusé sur la bouteille, la tension pourrait rapidement devenir palpable.
Dans mon malheur je regardais le visage de chacun des passants qui croisaient mon regard, j'avais un peu de pitié pour ses gens sans le sou. Mais c'était la guerre, et c'était un mal nécessaire pour arrêter la folie destructrice de ces barbares d'Algiz. Rien que de penser ça me fis me mordre la langue: évidemment qu'ils n'étaient pas tous comme ça, mais ne pas faire d'amalgame était plutôt difficile pour moi, mais le temps est le plus puissant des remèdes, comme on dis...
Alors que les autres soldats avaient commencé à jouer aux cartes, je décidais de passer outre les consignes de mon commandant et de sortir de cet établissement indésirable. Ils n'avaient même pas remarqué mon départ, mais ils n'en auront pas le temps : j'étais sûr de retrouver le soir même leurs restes au même endroit allongés par terre, endormis, quelques bandits les ayant soulagés du fardeau de leur or ainsi que de leur dignité (si on part du principe qu'ils en avaient une avant).

Je ne fis pas dix mètres dehors lorsque un jeune garçon croisa ma route, au départ tout était normal, et mon attention ne s'étaient même pas focalisée dessus. Mais le bruit aiguë de pièces d'or qui s'entrechoquaient me mis la puce à l'oreille. Je me retournais et vis le petit partir à la même allure, tout comme le bruit. Comment un gamin vivant dans des quartiers aussi pauvres peut posséder une aussi grande quantité d'or ? J'avais pris la décision de le suivre quelques minutes, pour voir si quelque chose ne tournait vraiment pas rond ou si j'avais juste l'accusation facile. Et effectivement je ne m'étais pas trompé : ce gamin était un voleur sacrément doué, il s'emparait de la bourse des passants avec une aisance, une vitesse, et une discrétion qui feraient envie à n'importe quel brigand. Cependant je l'avais pris en flagrant délit, et il n'allait pas s'en sortir comme si je n'avais rien vu :

-Hé petit ! Reste là où tu es, toi et moi on doit parler !

Même si j'avais une voix qui ne portait pas beaucoup, j'avais crié assez fort pour qu'il m'entende, pourtant j'étais encore quelques mètres en arrière et la foule creusait un plus grand écart entre lui et moi à chaque seconde.
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C’était devenu quelque chose d’automatique, et même de mécanique, de voler les passants. Il ne se souvenait pas exactement à quel âge on lui avait demandé de voler ses premières bourses. Etait-ce à ses cinq ans, ou à ses six ans ? Il ne s’en souvenait même plus. Il se souvenait encore qu’avant il avait considéré tout cela comme un jeu, quand ceux qui ramassaient les enfants des taudis et les engageaient pour voler à leur place lui avaient expliqué le but. Voler sans se faire avoir, glisser sans se faire remarqué, telle était la clé. Il avait aussitôt compris quels étaient les principes de ce jeu, et très tôt il avait pris ça à la légère, comme si c’était amusant de commettre des petits larcins ça et là, alors que plus tard il avait appris qu’un de ces jours il finirait sûrement derrière les barreaux. Sauf qu’à force de s’amuser, il avait fini par se rendre compte que c’était bien la seule chose qu’il savait faire et qu’il pouvait faire, et il s’était aussi rapidement rendu compte que les adultes qui l’avaient ramassé se fichaient pas mal de son avenir, quand un jour, alors qu’il était revenu bredouille, ils l’avaient laissé errer dans la rue et avaient accueillis à bras ouverts les rejetons qui avaient de l’argent en poche. Au fil du temps, il s’était aussi rendu compte qu’être marqué, ce n’était pas quelque chose d’amusant et original, mais bel et bien une malédiction à cacher des yeux de tous.

Voler n’était devenu plus que quelque chose de naturel, comme des pas de danses dans la foule. Il sentait petit à petit ses poches se faire plus lourdes, mais personne n’avait encore remarqué le gamin qu’il était en train de détrousser les poches des braves kiréidiens. D’ailleurs, il ne s’était jamais vraiment senti kirédien, du moment où les personnes comme lui n’étaient pas acceptées comme de vrais citoyens, au fond ; il avait fini par s’y faire, et finalement se fichait un peu de leur avis. Il entendit une voix s’élever, derrière lui, lui demandant de s’arrêter. Il reconnut rapidement ce ton autoritaire – comme s’ils se croyaient tout permis – et un coup d’œil derrière lui, il aperçut l’accoutrement typique du brave petit soldat, avec le corps de jeune homme qui allait avec sous les vêtements. Un sourire s’étira quand il le vit. Etait-il encore frais et plein d’idéaux, ou était-il déjà fané ? Sohail haussa un sourcil, hésitant à peine une fraction de seconde à cette pensée. Il avait l’air d’être motivé, et le voleur se dit rapidement qu’il faisait parti de la première catégorie. Quelle idée de rejoindre l’armée, comme s’il y avait les honneurs à la clé. Il ne comprendra jamais les soldats, ces chairs à pater ambulantes dont les plus hauts gradés se servaient jours et nuits. Son poursuivant n’avait pas l’air beaucoup plus âgé que lui. Qu’est-ce qu’il avait à gagner, à gaspiller son énergie ainsi ? Sohail haussa les épaules.

-Rester là ? Répéta-t-il en découvrant ses dents dans un sourire railleur, assez affiché pour que le petit soldat l’aperçoive.

Rester gentiment planté là à l’attendre ? Ah bon ? Il y croyait vraiment ? C’était qu’il connaissait mal les taudis, la véritable rue, pas les belles rues du marché, ou celles proches du palais. Il ne connaissait pas la vérité exacte. Et ça l’amusait toujours, d’encore voir quelques naïfs sur le chemin. A quel point était-il motivé ? C’était aussi un autre point qui était amusant à tester. Il avait l’air d’avoir de l’énergie à revendre, et le jeune voleur était d’humeur joueuse. Il continuait de marcher à une allure légèrement ralentie, pour que l’autre ne le perde pas de vue. Mais il ne devait pas s’amuser trop longtemps, s’il y avait d’autres soldats plus expérimentés dans les environs, il finirait peut-être bel et bien pris aux filets. Il devait rester prudent. Sans perdre de vue son petit jeu, il tourna pour faire entièrement face au soldat, marchant à reculons, avant de poursuivre, toujours avec ce grand air moqueur :

-Désolé, mais j’sais pas tenir en place !

Puis il lui fit un signe de la main, comme s’il lui faisait un au revoir, avant de lui tourner le dos et de se glisser dans la foule. Il savait causer des frayeurs, mais il ne voulait pas que le soldat le perde de vue, alors il progressait lentement, comme s’il avait encore une chance de vraiment l’avoir, alors que c’était bien l’adolescent aux cheveux argents qui menait le jeu. Il était persuadé que son nouveau « compagnon de jeu » allait répondre à la provocation, comme ils le faisaient tous. Le jeu ne faisait que commencer.





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Comme je le pensais, le petit gars ne s'arrêta pas une seconde, il se moquait même de moi en montrant un sourire moqueur. Non pas que je pensais vraiment qu'il allait s’arrêter, mais autant tout essayer avant de passer à la manière forte, ce qui contrairement à ce qu'on pouvait penser avait le mérite de marcher la plupart du temps, cependant il y avait toujours de fortes têtes pour aller à l'encontre des règles, et il y en aura toujours. Mais j'éprouvais un peu de pitié pour ce garçon qui n'avait sûrement pas décidé de son sort, il devait être obligé de voler pour assurer sa survie, comme beaucoup d'autres... Non, je ne devais pas penser à ça : je l'avais accepté en même temps que j'avais intégré l'armée, si je devais m'arrêter à chaque personne dans le besoin je n'en aurais jamais fini, et puis je n'étais pas responsable de ce qui leur arrivait, pourtant eux non plus... Tout ça à cause de cette fichue guerre... Les derniers rapports montraient une réelle avancée de Kireïde dans la bataille contre l'envahisseur Algiz, je n'irais pas dire que nous étions prêts de gagner, mais nous avions un avantage sur eux et c'était incontestable. Une fois que tout cela sera terminé, j'essayerais de me reconvertir dans l'aide pour les démunis, un moyen de pencher la balance : sauver un maximum de vie alors que la mort nous accompagnait chacun de nos gestes la veille, c'était un peu déprimant. Mais ce destin je l'avais accepté en connaissance de cause, et même si ce n'était pas ce qu'auraient souhaité mes parents, ils seraient quand même forcés d'être fiers de moi, là où ils étaient. En soi je me rendais compte que nous avions quelques points communs, moi et ce jeune garçon : il devait être sans parents (ils lui auraient interdit de faire le sale boulot à leur place), et vivre la vie comme il l'entendait... d'une certaine façon. Destinée a décrété que nous devions prendre des voies radicalement contraires : la loi ou l’illégalité, le devoir ou la survie... Personnellement je comprenais ce gosse, j'aurais largement pu être à ça place si je n'étais pas né dans une famille de haute stature, mais avec des ''si'' on pouvait mettre Hélios en bouteille comme disait un certain poète.
Le gamin se tourna vers moi, il s'adressa à moi fièrement et sans peur :

-Désolé, mais j’sais pas tenir en place !

Je ne pouvais m'empêcher de pouffer intérieurement : d'où lui venait le courage de tenir tête à un soldat ? Pas de sa taille de nain ou de ses muscles inexistants en tout cas. Mais je ne lui en tenait pas véritablement rigueur : le sang bouillonnant de la jeunesse coulait dans ses veines, et ce serait un mensonge de dire que je ne l'avais pas possédé pendant quelques années moi aussi. Cependant ici j'incarnais en quelque sorte le haut commandement d'Hélios, et on ne se moquait pas des têtes couronnées de ce pays impunément, même en étant citoyen de la capitale. J'allais lui donner une petite leçon de morale quand je mettrais la main dessus, pas de coups, mais il allait quand même s'en souvenir.
Le garçon se retourna aussitôt puis tenta tant bien que mal de se cacher dans la foule. Je retirais tout ce que j'avais dis au sujet de sa petite taille : dans des quartiers pareils, ça pouvait devenir un avantage considérable. De toute évidence il voulait jouer avec moi, ça ne faisait aucun doute, mais à trop vouloir jouer et avec de trop gros risques, il arrivait bien un moment où l'on se faisait plumer.  

-T'as intérêt à savoir ce que tu fais, petit. Gare à toi si je te met la main dessus.

Loin de moi l'idée de lui faire du mal, le but étant simplement de lui faire peur. Je doutais sincèrement que ça marche, mais qui sait ? Un miracle de lucidité l'éclairerais peut être, et il s’arrêterait au lieu de jouer au loup. Mais si il voulait vraiment s'amuser, j'avais encore pas mal de temps à perdre avant de sortir décuver mes camarades, et puis qui sait, il m'en apprendrais un peu plus sur les ruelles de ces quartiers sournois.
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La réaction ne tarda pas, et le soldat s’échauffa un peu, commençant à le menacer. Cela ne fit qu’amuser un peu plus le voleur. C’était exactement ce qu’il avait imaginé, et à vrai dire, parfois il se demandait si ce n’était pas trop facile. Ils réagissaient presque tous de la même manière, au point que le jeune voleur avait fini par toujours anticiper leurs réactions. Il pouvait s’en lasser, à un moment, souvent il réfléchissait là-dessus. Mais très bientôt, l’idée de s’ennuyer s’en allait à mesure qu’il regardait les habitants des taudis, autour de lui. Tous se morfondaient dans l’ennui et la pauvreté, tous s’épuisaient à attendre que quelque chose de bon leur arrive, il se disait que cela en valait la peine, de faire souffrir tous ces gardes, pour qu’ils comprennent peut-être un jour ce qui se passait, pour de vrai, qu’ils connaissent la vérité des lieux, au lieu de se faire des illusions ou de fermer les yeux devant la situation atroce. Il y avait comme une barrière devant leurs yeux, comme si aucun d’eux ne pouvait se figurer que quelque chose clochait, comme si tout sonnait comme si tout était parfait alors que c’était loin d’être le cas ; et c’était bien là une raison amplement suffisante pour en vouloir aux soldats qui se prétendaient être serviteur de la justice alors qu’ils ne l’étaient pas, loin de là. Certains en profitaient même pour maltraiter les habitants les plus faibles, sûrement des complexes d’infériorité qui jouaient là dedans, ou il ne savait quel vice cachaient ces soldats au plus profond d’eux.

Pour eux, Sohail ne se faisait aucun souci, il voulait même leur saper le moral en continuant de leur donner de faux espoirs, et en les faisant s’enfoncer plus loin dans les bas fonds des quartiers. C’était aussi ce qu’il faisait avec le jeune soldat, prenant soin de jeter un œil derrière lui, vérifiant que l’autre le suivait toujours. Il ne se faisait pas de souci quant à sa fuite, et il songeait qu’il pourrait rapidement se frayer un chemin à travers les rues et le semer, s’il le voulait. Après tout, les taudis étaient son terrain de prédilection, et depuis tout petit il foulait son sol, pour jouer avec les autres enfants, mais aussi pour voler ou semer ses poursuivants. L’autre n’avait pas l’air de bien s’y connaître, et puisqu’il était seul, il savait qu’il n’était pas un danger potentiel. Continuant de se frayer des passages, à la fois pour lui et pour son poursuivant, qui le suivait toujours en pensant avoir l’avantage, ils entrèrent petit à petit dans des rues moins fréquentées. Et même si bout de rue était bien sale et faisait pâle figure à côté des beaux quartiers près du palais royal, Sohail en connaissait d’autres qui étaient bien pire que celle-ci. Il se souvenait même, un jour, de la mine horrifiée qu’avait eu un soldat en s’apercevant que l’endroit était bien plus qu’abandonné. Et il ne fallait pas non plus oublier les habitations, qui étaient insalubres, et bien trop proches de l’invivable.

Il s’immobilisa et se retourna pour faire face à son poursuivant quand ils se retrouvèrent presque seuls dans une rue. Le voleur le regardait toujours avec cette mine légère, ce sourire provocateur, et se mit à lever les mains en l’air, avec toute l’ironie qu’il pouvait mettre dans ce geste, en y associant un très mauvais jeu d’acteur :

-Oh, zut ! M’voilà cerné !

Un rire accompagna cette phrase, et Sohail enfonça les mains dans ses poches, qui teintèrent allègrement, comme pour rappeler le méfait qu’il venait de commettre. Il n’avait pas quitté le soldat des yeux, et le regardait toujours, guettant sa réaction. Il en profita pour le regarder de plus près, et se rendit compte que le jeune homme avait l’air d’avoisiner son âge, bien que la mine un peu sévère du soldat pouvait peut-être lui donnait une ou deux années de plus. Son sourire s’étira, et il avait presque l’impression de parler avec son égal plutôt qu’avec un représentant de l’ordre, si on pouvait appeler ça comme ça vu le bordel sans nom qu’étaient les taudis.

-Mais qu’est-ce qu’il va m’arriver, maintenant ?!

La question était presque rhétorique tellement il se fichait de ce que pourrait bien dire l’autre. Il le regardait juste dans les yeux, tentant de capter une lueur, une émotion dans son regard. Il était persuadé qu’il y verrait de la colère, ils s’énervaient tous si rapidement.





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Des petits brigands comme ça, on pouvait en trouver partout et tout les jours à Hélios. Là n'était pas le problème : leur petite carrure et un corps moins vigoureux qu'un soldat entraîné ne leur permettait pas vraiment de faire la différence face à moi, et bien souvent la confiscation du larcin et une petite leçon de morale suffisait amplement pour les calmer. Mais pour le cas qui était devant moi j'avais de sérieux doutes : c'était une forte tête, et le fait qu'il soit si calme et serein face à un garde me faisait penser qu'il n'était pas à son premier délit, il fallait dire que ce quartier n'avait pas très bonne réputation... Mais quand bien même tout se passerait mieux si tout le monde pensait aux autres plutôt qu'à eux, facile de dire ça... Mais je faisais partie de ceux qui était certains qu'avec un certain investissement et une volonté sans faille des hauts aristocrates, la pauvreté des taudis ne serait que de l'histoire ancienne. Encore faudrait-il que les aristocrates se mobilisent, et ça aussi c'était facile à dire. De toute façon, je n'étais qu'un petit soldat, mais je penserais à l'amélioration des quartiers pauvres lorsque j'aurais un grade assez important.  
Là n'étant pas le sujet je décidais d'à nouveau me concentrer sur la situation : l'enfant, qui n'avait pas écouté un mot de ma mise en garde, n'en faisait qu'à sa tête. Et bien qu'en allant légèrement plus vite que moi il n'en profitait pas pour essayer de fuir. Dommage pour lui car c'est ça qui causera sa perte : il voulait s'amuser avec moi, mais il rigolera moins lorsque je lui sauterais dessus au moment propice. En attendant je le suivais gentiment, ni d'un pas lent ni trop brusque, je marchais plutôt vite quoi, moi qui avait l'habitude de flâner... Tout allait bien jusqu'à ce que je me rendais compte que le quartier dans lequel il m'avait mené ne me disait absolument rien, alors c'était ça son but ? Me perdre pour s'en aller ensuite ? Sadique et astucieux, ça aurait pu faire l'affaire avec un citoyen lambda, sauf que j'en était pas un. Quand bien même je n'avais aucune idée d'où je me trouvais, je ne perdais pas de vue mon objectif : rattraper le voleur, et connaître l'emplacement où je me trouvais ensuite. Et puis après tout, je pouvais très bien retrouver ma route tout seul, le hasard fait bien les choses comme on dit.

Je me trouvais dans une ruelle vide, quelques badauds n'inspirant pas la confiance errants dans celle-ci. Le garçon était là, fier de son petit manège. Au moins quelqu'un s'amusait ici... Il souriait, comme si la victoire lui appartenait déjà, mais ce n'était que le commencement.

-Oh, zut ! M’voilà cerné !

Un rire s'ensuivit. Oh, fier il était. Comme si j'avais que ça à faire de ma journée, moi, de courir après des gamins en manque d'aventure... Puis il fit danser les pièces volées dans ses poches. Ah... Il voulait me voir sortir de mes gonds, goûter à la fascination de voir un garde sombrer dans le désespoir. Et bien je n'en ferais rien : sa tentative de provocation était bien trop prononcée, il en faisait trop et ça se voyait à des kilomètres. Si son ironie et son manque de respect avait été, disons, plus subtil, je serais tombé dans le piège tout de suite, mais il avait encore beaucoup à apprendre. Cependant, sa discrétion et son talent pour rester dans l'ombre ne m'étaient pas passés inaperçus (joli paradoxe), et je me disais qu'avec un peu d’entraînement il pourrait faire une bonne recrue pour l'armée de Kireïde. Mais quelque chose me disait que jamais il ne ferait ce choix.  

-Mais qu’est-ce qu’il va m’arriver, maintenant ?!

Autant le dire tout de suite, si il voulait m’énerver, alors c'était voué à l'échec. J'aurais pu jouer la comédie pour lui faire passer un bon moment, lui et son orgueil. Mais je ne voulais pas lui donner cet honneur tellement c'était mal fait. Je me contentais de répondre à sa provocation avec un sourire, pas moqueur, pas malsain, juste un sourire. Dommage que ce gosse soit forcé de vivre dans ce trou à rats, il méritait une vie meilleure. Mais quand j'y pensais toutes les vies étaient meilleures que dans les taudis. Je devais pourtant garder en tête l'idée que je devais faire mon travail, et donc reprendre l'or qu'il avait volé. C'est donc avec un main dans le coup et un air blasé que je marchais lentement vers le garçon.

-Bon, écoute gamin. Ça sert à rien ce que tu fais, tu as rien de mieux à faire que de détrousser d'honnêtes gens qui sont dans la même situation que toi ? Pourquoi entretenir cette vie misérable alors que tu pourrais trouver un travail et quitter cet endroit qui n'est visiblement pas fait pour toi ?

Avant d'en venir à la manière forte, j'espérais lui faire réfléchir à ses actes. Même si au fond de moi je savais pertinemment qu'il ne changerais pas d'avis aussi facilement. J'avançais donc vers lui, plus ou moins vite, tendant la main sans grande conviction vers lui.
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Il guettait la réaction du soldat, toujours avec un sourire aux lèvres, essayant de capter ses sentiments, ses émotions, voir s’il allait s’énerver ou non. La plupart du temps, les gens de son métier finissaient par prendre colère et lui énoncer un bon nombre d’insultes. Il trouvait cela assez ridicule, ce qui ne faisait que lui faire rire encore plus. Il finissait ensuite par les planter loin des rues les plus connues des taudis, dans un coin isolé pour qu’ils se perdent encore un peu, jusqu’à ce que leurs compères les récupèrent. Entre temps, ils croisaient peut-être les autres voleurs des taudis, ou d’autres genres de criminels un peu moins sympathiques et pas très enclins à bavarder avec des soldats. C’était ce qui l’amusait, de les voir excéder, de les faire payer pour leurs faux airs de bonnes personnes, de héros, alors qu’ils ne faisaient que faire preuve de paresse en se reposant sur ce qu’ils savaient ou ce qu’ils avaient appris des hauts gradés. Mais le jeune ne réagit pas comme il l’avait prévu, se contentant de sourire en le regardant. La réaction était plus calme qu’il ne l’avait imaginé, malgré sa jeunesse, il semblait avoir un peu plus de cervelle que les autres représentants de l’ordre. Mais, selon Sohail, ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne cède. A chaque fois, ils cédaient, à chaque fois ils ne cherchaient pas à aller plus loin que le bout de leur nez. Alors il se contenta de rester immobile, toujours d’humeur joueuse, parce que le jeu allait durer un peu plus longtemps, parce que le jeu en valait la chandelle avec un type comme celui-ci.

Même s’il ne le montra pas physiquement, il se mit sur ses gardes quand il le vit se déplacer vers lui. Sa marche était encore lente, mais il se doutait qu’il ne resterait pas passif encore longtemps, il ne devait sûrement pas être de nature patiente. Il lui adressa à nouveau la parole, pour lui faire la morale, pour lui dire que ce qu’il faisait n’était pas le bon choix, qu’il détroussait d’honnêtes gens dans la même situation que lui. D’honnêtes gens ? Certains de ceux qui venaient par ici étaient bien plus riches qu’ils ne le laissaient paraitre et se rendaient à des rendez-vous pour marchander avec ceux qu’il connaissait. Pourtant, il ne le dit pas au jeune soldat, préférant le laisser mariner dans son monde, celui dans lequel on était tout noir ou tout blanc, et que forcément en étant soldat il saura faire justice. Et il poursuivit, se hasardant à dire qu’il pourrait trouver un travail et quitter cet endroit. A ces mots, le jeune voleur ne put retenir un rire, amusé bien qu’un peu amer sur les bords.

-Si c’était aussi simple !

Voyant le soldat s’approcher de lui, il répondit en reculant, continuant de tracer cette distance de sécurité qu’il tenait à garder. Et même s’il avait envie de poursuivre cette conversation, il pouvait aussi couper court à cette dernière s’il sentait le danger devenir trop grand. Et la main tendue n’était pas vraiment à son goût. Cet homme croyait que tout pouvait se régler simplement, aisément. Comme si sortir d’une situation de grande pauvreté était facile, comme s’il était évident que tous ceux qui vivaient là dedans pouvaient le faire avec beaucoup d’efforts. Devait-il lui parler de tous ces gens qu’il connaissait, qui avaient essayé et qui avaient échoué ? Des tentatives ratées par avance, car dans la plupart des temps on préférait celui qui était propre et bien né plutôt que celui venait des pires quartiers de la ville. La réputation des taudis poursuivait la vie de ses habitants, et rares étaient ceux qui sortaient de la pauvreté. Mais qui voudrait faire confiance ou prêter attention à un gamin tout droit sorti de ces taudis, et qui avait passé la majeure partie de sa vie à voler les poches des gens ? Tout cela sonnait comme une blague de mauvais goût aux oreilles de Sohail. Est-ce que ce gars savait ce qu’il était en train de dire ? Mais qui ferait confiance en un orphelin marqué, qui plus est ? Il y avait tant de détails et d’arguments qui pouvaient mettre en déroute les propos de ce jeune homme…

Au lieu de continuer de les énumérer mentalement, il préféra poursuivre dans la plaisanterie :

-Ton idée a l’air pas mal, mais j’trouve que c’est plus marrant de voler.

Comme si cela faisait plaisir de mener pareille existence, comme si c’était le rêve de mener une vie qui semblait être sombre et sans avenir. Il y avait pensé et repensé maintes fois, s’était imaginé une autre vie dans laquelle il pourrait accomplir quelque chose de meilleur, dans laquelle il avait une famille qui ne l’avait pas abandonné pour une raison qu’il n’aura jamais. Et de tant de choses qu’il n’aura jamais à cause de sa condition.

-Et toi, pourquoi t’as choisi ce travail ? T’as l’impression d’être utile, ou d’être un héro ? J’suis sûr qu’il y a mieux à faire, comme boulot.

Il n’avait cessé de sourire, se jouant toujours de la situation, titillant encore le soldat sans baisser la garde, tant qu’ils étaient encore tous deux seuls et qu’il n’essayait pas de le toucher.





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